Gloomy Day
1 voiture......2 voitures.....3 voitures.....4 voitures.......
Cela faisait environ dix bonnes minutes que mon réveil avait sonné mais je restais là, perchée devant ma fenêtre en essayant d'ignorer les appels incessants de ma mère qui me suppliait presque de venir déjeuner en me rappelant que j'allais finir par être en retard au lycée.
Elle n'avais sans doute pas encore compris que c'était justement le but de la man½uvre.
Deux minutes plus tard, elle se décida à monter me chercher. N'ayant plus d'excuses, je fus obligée de la suivre. Néanmoins, mon appétit me servit d'allié dans cette bataille perdue d'avance, et fut lui aussi bien décidé à n'en faire qu'à sa tête.
Ma mère prit tout ma petite mascarade à la rigolade et me ressassa mes premières années d'écoles et toutes les crises que je piquais quand je ne voulais pas la quitter, comme touts les enfants du monde, le premier jour de l'entrée en maternelle.
J'essayai moi aussi de rigoler, mais mon mal venait de plus loin. Je redoutais la rentrée scolaire pour une raison beaucoup plus grave et j'espérais qu'elle ne la découvre jamais.
Non, il ne fallait pas qu'elle le sache. Jamais.
Non seulement elle serait blessée que je ne lui en ai pas parlé plus tôt, mais aussi elle souffrirait terriblement souffert de me savoir ainsi.
Même s'il lui arrivait souvent d'être agaçante et de dégager un aspect très superficiel devant les autres, elle restait tout de même une mère aimante et protectrice, Ma mère. Et comme toutes les mères du monde, cela lui ferait beaucoup trop de mal de voir son enfant, sa propre fille malheureuse.
De toute façon, elle ne le saurait jamais. Cette pensée me rassura. Même si elle se posait beaucoup de questions, elle ne penserait jamais à une telle chose. elle s'était imaginé que je m'étais disputée avec Rachel pour une broutille et ne comprenait pas pourquoi je me mettais dans un tel état.
En effet, même si Rachel était ma meilleure amie, cela n'aurait pas du miner mon moral au point de ne pas sortir de ma chambre durant tout l'été.
Mainte et Mainte fois, elle avait essayé de me faire sortir, voir d'autres amis. Mais j'avais toujours refusé prétextant être fatigué ou n'en avoir tout simplement pas envie. Ce qui était loin d'être un mensonge.
Hier encore, elle m'avait sermonné en me disant qu'il ne fallait jamais ignorer ses amis car l'amitié est une chose essentielle à l'épanouissement personnel. Contre toute attente, elle m'avait dit que même si l'école est une chose importante et que cette année serait décisive pour mon entrée à l'université, il fallait que je m'amuse et que je profite de cette rentrée pour me faire de nouveaux amis. Allant à l'encontre de touts les autres parents, ma mère se montra très vieille copine avec moi, et là où la plupart des adolescents auraient été fous de joie, moi j'aurais espéré que ma mère soit pour une fois, plus responsable.
Je me demandai quelle remarque elle me ferait ce matin, puis, n'ayant finalement aucune envie de la connaître, je montai me laver et me préparer. Quand je redescendis, mon sac sur les épaules, elle ne manqua pas de me rappeler.
- A ce soir chérie, prend de bonnes décisions ! me lança-t-elle avec un sourire et un regard plein de sous-entendu.
Marmonnant quelque chose d'incompréhensible, je franchis le seuil de la porte.
La refermant derrière moi, je remarquai que le temps était plutôt maussade, brumeux, comme à son habitude dans cette région du pays. Cela tombait bien puisque j'avais mis mes gros gants et m'étais emmitouflée comme en plein hiver.
En réalité, si j'arborais cette tenue de camouflage, c'était tout bonnement pour ne pas me faire remarquer comme toutes ces filles de petite vertu s'amenant en mini-jupe le jour de la rentrée, alors que la température extérieure n'était vraiment pas élevée.
Sortant les clés de mon sac, je montai dans ma voiture.
Pour la première fois de ma vie, je respectai tellement les limitations de vitesse, que je réussis même à me faire doubler par une petite mémé au volant d'une voiture sans permis.
Soupirant, je me mis à accélérer.
En effet, l'heure tournait et arriver en retard en cours dès le premier jour m'aurait fait remarquer plus que nécessaire, tout ce que je voulais éviter.
Arrivée au lycée, je me garai là ou il n'y avait pas trop de monde. Je me rendis à l'accueil pour recevoir mon emploi du temps et d'autres paperasses. En sortant du bureau, j'entendis un groupe de fille ricaner.
Quand je levai la tête vers elles, je reconnu Rachel, mon ex-meilleure amie.
Voulant éviter le plus de monde possible aujourd'hui, je me mis à marcher en baissant la tête. Au moment de passer à côté d'elle, la curiosité me piqua au vif et je me sentis comme obligée de lever la tête vers elle. A ce moment là, elle me vit, me lança un regard haineux avant de lever un sourcil moqueur et de subitement tourner la tête presque ennuyée.
J'étais dorénavant pratiquement sûre de deux choses. La première était qu'elle ne m'avait toujours pas pardonné et la deuxième, qu'elle m'avait très vite oubliée. Cette dernière pensée me fit mal au c½ur. Tête baissée, je me dirigeai vers mon premier cours de Littérature en repensant au passé, quand nous étions les deux meilleures amies du monde.
Une pointe de nostalgie surgit alors en moi.
Une fois en classe, je m'assis à une table du fond et déballai mes affaires. C'est alors que je m'aperçus que même en prenant soit d'être extrêmement lente dans le but d'arriver le plus tard possible, je réussissais quand même à avoir cinq minutes d'avance.
Voyant qu'il n'y avait presque personne d'autre en classe, je me remis à rêvasser.
Ressassant les derniers évènements de ma vie, je me surpris à repenser à un souvenir plus douloureux que les autres, qui m'avait brutalement frappé le matin même. Et je m'imaginais ce que cela me ferais quand je me retrouverais en face de lui.
J'eus soudainement une boule dans la gorge et un besoin pressant d'oublier toutes ses images, quand une voix masculine vint me sortir de mes pensées.
- Je peux m'asseoir ici ? me dit-il en désignant l'autre chaise bornant ma table.
Bien que je ne connaisse son nom et qu'il n'en soit pas conscient, je lui fus reconnaissante d'être intervenu alors que les larmes commençaient à me perler aux creux des yeux. Aussi bête que cela puisque paraître, sous le coup de l'émotion, je m'apprêtais à le remercier mais n'en fit rien, il m'aurait très certainement pris pour une folle.
Lui lançant un petit sourire, j'acquiesçais.
- Merci, me fit-il en me rendant mon sourire.
Il avait l'air plutôt gentil. Des cheveux bruns légèrement bouclés, un regard perçant et une pointe d'humour dans la voix. Peut-être deviendrions-nous amis.
Il se mit à rigoler quand je m'aperçus, trop tard, que je le dévisageais impoliment.
Gênée, je détournai la tête. Ne lui adressant plus aucun regard de toute l'heure.
La journée passa comme un éclair et par chance je ne croisai plus aucun visage familier.
En rentrant chez moi le soir, je filai directement dans ma chambre sans donner la moindre explication à ma mère. De toute façon, elle ne louperait rien, c'est simple, il n'y avait strictement rien à dire. Je fus étonnée de constater que cette journée n'était finalement pas aussi horrible que ce à quoi je m'attendais. Espérons que cela allait durer, malheureusement, je ne croyais pas assez en ma bonne étoile pour espérer que ce fusse le cas jusqu'à la fin de mon secondaire.
A suivre...